Le cas d'elisabeth

Quand Socrate rencontre Shakespear: discussions littéraires, langues étrangères, histoire ou géographie.
emma0321
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le cas d'elisabeth

par emma0321 » 12 Nov 2019, 18:06

Bonjour, j'ai un devoir en philosophie et je ne comprend pas comment je doit répondre au question. J'ai fait la question deux il me manque la une. Merci pour votre aide

FREUD Le cas Elisabeth


Élisabeth s'appelait en réalité Ilona Weiss. Hongroise d'origine, cette jeune fille âgée de 29 ans vient consulter Freud en 1892. Elle souffre de douleurs aux jambes que Freud attribue à des causes sexuelles. C'est l'occasion pour lui de proposer une méthode d'analyse nouvelle qui deviendra bientôt « la psychanalyse ».


Je l'interrogeai donc sur les circonstances et les causes de la première apparition des douleurs. 1 Ses pensées s'attachèrent alors à des vacances dans la ville d'eaux où elle était allée avant son voyage à Gastein et certaines scènes surgirent, que nous avions déjà plus superficiellement traitées auparavant. Elle parla de son état d'âme à cette époque, de sa lassitude après tous les soucis que lui avaient causés la maladie ophtalmique de sa mère et les soins qu'elle lui avait donnés à l'époque de l'opération ; elle parla enfin de son décourage¬ment final en pensant qu'il lui faudrait, vieille fille solitaire, renoncer à profiter de l'existence et à réaliser quelque chose dans la vie. Jusqu'alors, elle s'était trouvée assez forte pour se passer de l'aide d'un homme ; maintenant, le sentiment de sa faiblesse féminine l'avait envahie, ainsi que le besoin d'amour, et alors, suivant ses propres paroles, son être figé commença à fondre.

Naissance du désir
En proie à un pareil état d'âme, l'heureux mariage de sa sur cadette fit sur elle la plus grande impression ; elle fut témoin de tous les tendres soins dont le beau¬-frère entourait sa femme, de la façon dont ils se com¬prenaient d'un seul regard, de leur confiance mutuelle. On pouvait évidemment regretter que la deuxième grossesse succédât aussi rapidement à la première, mais sa sur qui savait que c'était là la cause de sa maladie supportait allègrement son mal en pensant que l'être aimé en était la cause.
Au moment de la promenade qui était étroitement liée aux douleurs d'Elisabeth, le beau-frère avait tout d'abord refusé de sortir, préférant rester auprès de sa femme malade, mais un regard de celle-ci, pensant qu'Elisabeth s'en réjouirait, le décida à faire cette excursion. La jeune fille resta tout le temps en compagnie de son beau-frère, ils parlèrent d'une foule de choses intimes et tout ce qu'il lui dit correspondait si bien à ses propres sentiments qu'un désir l'envahit alors : celui de posséder un mari ressemblant à celui-là. Puis ce fut le matin qui suivit le départ de la sur et du beau-frère qu'elle se rendit à ce site, promenade préférée de ceux qui venaient de partir. Là, elle s'assit sur une pierre, et rêva à nouveau d'une vie heureuse comme celle de sa sœur, et d'un homme, comme son beau-frère, qui saurait capter son cœur. En se relevant, elle ressentit une douleur qui disparut cette fois-là encore, et ce ne fut que dans l'après-midi qui sui¬vit un bain chaud pris dans cet endroit que les douleurs réapparurent pour ne plus la quitter.
J'essayai de savoir quelles pensées l'avaient préoccupée dans son bain ; je ne pus apprendre qu'une seule chose, c'est que l'établissement de bains l'avait fait se souvenir de ce que le jeune ménage y avait habité. J'avais compris depuis longtemps de quoi il s'agissait. La malade, plongée dans ses souvenirs à la fois doux et amers, paraissait ne pas saisir la sorte d'explication qu'elle me suggérait, et continuait à rapporter ses réminiscences2. Elle dépeignait son séjour à Gastein et l'état d'anxiété où la plongeait l'arrivée de chacune des lettres; enfin lui parvint la nouvelle de l'état alarmant de sa sur, et Elisabeth décrivit la longue attente, le départ du train, le voyage fait dans une angoissante incertitude, la nuit sans sommeil, tout cela accompagné d'une violente recrudescence des douleurs.

Rejet du désir illicite
Je lui demandai si elle s'était représenté pendant le trajet la tragique possibilité qu'elle trouva réalisée à son arrivée. Elle me dit avoir fait l'impossible pour chasser cette idée, mais sa mère, croyait-elle, s'était dès le début attendue au pire. Suivit le récit de son arrivée à Vienne. Elle décrivit l'impression causée par les parents qui les attendaient à la gare, le petit trajet de Vienne à la proche banlieue où habitait sa sur, l'arrivée le soir, la traversée rapide du jardin jusqu'à la porte du petit pavillon, la maison silencieuse et plongée dans une angoissante obscurité, le fait que le beau-frère ne vint pas à leur rencontre. Puis l'entrée dans la chambre où reposait la morte, et tout d'un coup, l'horrible certitude que cette sur bien aimée était partie sans leur dire adieu, sans que leurs soins eus¬sent pu alléger ses derniers moments.
Au même instant une autre pensée avait traversé l'es¬prit d'Élisabeth, une pensée qui, à la manière d'un éclair rapide, avait traversé les ténèbres : l'idée qu'il était redevenu libre, et qu'elle pourrait l'épouser. Tout s'éclairait. Les efforts de l'analyste étaient couronnés de succès. À cette minute, ce que j'avais supposé se confirmait à mes yeux, l'idée du « rejet » d'une représentation insupportable, l'apparition des symptômes hystériques par conversion d'une excitation psychique en symptômes somatiques3, la formation - par un acte volontaire aboutissant à une défense d'un groupe psychique isolé. C'était ainsi et non autrement que les choses s'étaient ici passées. Cette jeune fille avait éprouvé pour son beau-frère une tendre inclination, mais toute sa personne morale révoltée avait refusé de prendre conscience de ce sentiment. Enfin, lorsque cette certitude s'était imposée à elle (pendant la promenade faite avec lui, pendant sa rêverie matinale, au bain et devant le lit de sa sœur), elle s'était créé des douleurs par une conversion réussie de psychique en somatique.

Les résistances
À l'époque où j'entrepris son traitement, l'isolement du groupe d'associations relatives à cet amour était déjà fait accompli ; sans cela, je crois qu'elle ne se serait jamais prêtée au traitement, la résistance qu'elle opposa maintes fois à la reproduction des scènes traumatisantes correspondant réellement à l'énergie mise en ceuvre pour rejeter hors des associations l'idée intenable. Toutefois, le thérapeute4 fut en proie à bien des difficultés dans le temps qui suivit. Pour cette pauvre enfant, l'effet de la prise de conscience d'une représentation refoulée fut bouleversante. Elle poussa les hauts cris, lorsqu'en termes précis, je lui exposai les faits en lui montrant que depuis longtemps, elle était amoureuse de son beau¬-frère. À cet instant, elle se plaignit des plus affreuses douleurs et fit encore un effort désespéré pour rejeter mes explications : « Ce n'était pas vrai, c'était moi qui le lui avais suggéré, c'était impossible, elle n'était pas capable de tant de vilenies, ce serait impardonnable, etc. »
Il ne fut pas difficile de lui démontrer que ses propres paroles ne laissaient place à aucune autre interprétation, mais il me fallut longtemps pour lui faire accepter mes deux arguments consolateurs, à savoir que l'on n'est pas responsable de ses sentiments et que, dans ces circonstances, son comportement, son attitude, sa maladie, témoignaient suffisamment de sa haute moralité.

S. Freud et J. Breuer, Études sur l'hystérie (1895), PUF, p. 163.

1.Relevez et distinguez
a) ce qui semble être de l'ordre du fait
b) b) ce qui relève de l'interprétation des faits par Elisabeth ;

2.résumez la genèse de la maladie telle qu'elle pourrait être racontée par des témoins extérieurs; puis telle qu'elle est reconstituée de l'intérieur par Freud. Quelle différence fondamentale y-a-t-il?



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mathelot
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Re: le cas d'elisabeth

par mathelot » 12 Nov 2019, 20:41

Il s'agit de classer les éléments du texte en trois catégories:les faits objectifs, les interprétations d'Élisabeth et les interprétations de Freud. Il faut se replacer dans le contexte, c'est l'invention de la psy chanalyse et la découverte de l'inconscient, dont le refoulement, loin du conscient, peut provoquer une maladie

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Re: le cas d'elisabeth

par mathelot » 12 Nov 2019, 23:48

emma0321 a écrit:Bonjour, j'ai un devoir en philosophie et je ne comprend pas comment je doit répondre au question. J'ai fait la question deux il me manque la une. Merci pour votre aide

FREUD Le cas Elisabeth


Élisabeth s'appelait en réalité Ilona Weiss. Hongroise d'origine, cette jeune fille âgée de 29 ans vient consulter Freud en 1892. Elle souffre de douleurs aux jambes que [color=#FF0000]Freud attribue à des causes sexuelles.[/color] C'est l'occasion pour lui de proposer une méthode d'analyse nouvelle qui deviendra bientôt « la psychanalyse ».


Je l'interrogeai donc sur les circonstances et les causes de la première apparition des douleurs. 1 Ses pensées s'attachèrent alors à des vacances dans la ville d'eaux où elle était allée avant son voyage à Gastein et certaines scènes surgirent, que nous avions déjà plus superficiellement traitées auparavant. Elle parla de son état d'âme à cette époque, de sa lassitude après tous les soucis que lui avaient causés la maladie ophtalmique de sa mère et les soins qu'elle lui avait donnés à l'époque de l'opération ; elle parla enfin de son décourage¬ment final en pensant qu'il lui faudrait, vieille fille solitaire, renoncer à profiter de l'existence et à réaliser quelque chose dans la vie. Jusqu'alors, elle s'était trouvée assez forte pour se passer de l'aide d'un homme ; maintenant, le sentiment de sa faiblesse féminine l'avait envahie, ainsi que le besoin d'amour, et alors, suivant ses propres paroles, son être figé commença à fondre.

Naissance du désir
En proie à un pareil état d'âme, l'heureux mariage de sa soeur cadette fit sur elle la plus grande impression ; elle fut témoin de tous les tendres soins dont le beau¬-frère entourait sa femme, de la façon dont ils se comprenaient d'un seul regard, de leur confiance mutuelle. On pouvait évidemment regretter que la deuxième grossesse succédât aussi rapidement à la première, mais sa soeur qui savait que c'était là la cause de sa maladie supportait allègrement son mal en pensant que l'être aimé en était la cause.
Au moment de la promenade qui était étroitement liée aux douleurs d'Elisabeth, le beau-frère avait tout d'abord refusé de sortir, préférant rester auprès de sa femme malade, mais un regard de celle-ci, pensant qu'Elisabeth s'en réjouirait, le décida à faire cette excursion. La jeune fille resta tout le temps en compagnie de son beau-frère, ils parlèrent d'une foule de choses intimes et tout ce qu'il lui dit correspondait si bien à ses propres sentiments qu'un désir l'envahit alors : celui de posséder un mari ressemblant à celui-là. Puis ce fut le matin qui suivit le départ de la soeur et du beau-frère qu'elle se rendit à ce site, promenade préférée de ceux qui venaient de partir. Là, elle s'assit sur une pierre, et rêva à nouveau d'une vie heureuse comme celle de sa soeur, et d'un homme, comme son beau-frère, qui saurait capter son coeur. En se relevant, elle ressentit une douleur qui disparut cette fois-là encore, et ce ne fut que dans l'après-midi qui suivit un bain chaud pris dans cet endroit que les douleurs réapparurent pour ne plus la quitter.
J'essayai de savoir quelles pensées l'avaient préoccupée dans son bain ; je ne pus apprendre qu'une seule chose, c'est que l'établissement de bains l'avait fait se souvenir de ce que le jeune ménage y avait habité. J'avais compris depuis longtemps de quoi il s'agissait. La malade, plongée dans ses souvenirs à la fois doux et amers, paraissait ne pas saisir la sorte d'explication qu'elle me suggérait, et continuait à rapporter ses réminiscences2. Elle dépeignait son séjour à Gastein et l'état d'anxiété où la plongeait l'arrivée de chacune des lettres; enfin lui parvint la nouvelle de l'état alarmant de sa soeur, et Elisabeth décrivit la longue attente, le départ du train, le voyage fait dans une angoissante incertitude, la nuit sans sommeil, tout cela accompagné d'une violente recrudescence des douleurs.

Rejet du désir illicite
Je lui demandai si elle s'était représenté pendant le trajet la tragique possibilité qu'elle trouva réalisée à son arrivée. Elle me dit avoir fait l'impossible pour chasser cette idée, mais sa mère, croyait-elle, s'était dès le début attendue au pire. Suivit le récit de son arrivée à Vienne. Elle décrivit l'impression causée par les parents qui les attendaient à la gare, le petit trajet de Vienne à la proche banlieue où habitait sa sur, l'arrivée le soir, la traversée rapide du jardin jusqu'à la porte du petit pavillon, la maison silencieuse et plongée dans une angoissante obscurité, le fait que le beau-frère ne vint pas à leur rencontre. Puis l'entrée dans la chambre où reposait la morte, et tout d'un coup, l'horrible certitude que cette soeur bien aimée était partie sans leur dire adieu, sans que leurs soins eussent pu alléger ses derniers moments.
Au même instant une autre pensée avait traversé l'esprit d'Élisabeth, une pensée qui, à la manière d'un éclair rapide, avait traversé les ténèbres : l'idée qu'il était redevenu libre, et qu'elle pourrait l'épouser.
Tout s'éclairait. Les efforts de l'analyste étaient couronnés de succès. À cette minute, ce que j'avais supposé se confirmait à mes yeux, l'idée du « rejet » d'une représentation insupportable, l'apparition des symptômes hystériques par conversion d'une excitation psychique en symptômes somatiques3, la formation - par un acte volontaire aboutissant à une défense d'un groupe psychique isolé. C'était ainsi et non autrement que les choses s'étaient ici passées. Cette jeune fille avait éprouvé pour son beau-frère une tendre inclination, mais toute sa personne morale révoltée avait refusé de prendre conscience de ce sentiment. Enfin, lorsque cette certitude s'était imposée à elle (pendant la promenade faite avec lui, pendant sa rêverie matinale, au bain et devant le lit de sa soeur), elle s'était créé des douleurs par une conversion réussie de psychique en somatique.

Les résistances
À l'époque où j'entrepris son traitement, l'isolement du groupe d'associations relatives à cet amour était déjà fait accompli ; sans cela, je crois qu'elle ne se serait jamais prêtée au traitement, la résistance qu'elle opposa maintes fois à la reproduction des scènes traumatisantes correspondant réellement à l'énergie mise en oeuvre pour rejeter hors des associations l'idée intenable. Toutefois, le thérapeute4 fut en proie à bien des difficultés dans le temps qui suivit. Pour cette pauvre enfant, l'effet de la prise de conscience d'une représentation refoulée fut bouleversante. Elle poussa les hauts cris, lorsqu'en termes précis, je lui exposai les faits en lui montrant que depuis longtemps, elle était amoureuse de son beau-frère. À cet instant, elle se plaignit des plus affreuses douleurs et fit encore un effort désespéré pour rejeter mes explications : « Ce n'était pas vrai, c'était moi qui le lui avais suggéré, c'était impossible, elle n'était pas capable de tant de vilenies, ce serait impardonnable, etc. »
Il ne fut pas difficile de lui démontrer que ses propres paroles ne laissaient place à aucune autre interprétation, mais il me fallut longtemps pour lui faire accepter mes deux arguments consolateurs, à savoir que l'on n'est pas responsable de ses sentiments et que, dans ces circonstances, son comportement, son attitude, sa maladie, témoignaient suffisamment de sa haute moralité.

S. Freud et J. Breuer, Études sur l'hystérie (1895), PUF, p. 163.

1.Relevez et distinguez
a) ce qui semble être de l'ordre du fait
b) b) ce qui relève de l'interprétation des faits par Elisabeth ;

2.résumez la genèse de la maladie telle qu'elle pourrait être racontée par des témoins extérieurs; puis telle qu'elle est reconstituée de l'intérieur par Freud. Quelle différence fondamentale y-a-t-il?


j'ai colorié en noir les faits objectifs, en vert les interprétations d'Ilona et en rouge celles de Freud.
Freud est en train de découvrir ce que Lacan a appelé "le 1er topic du Moi" , l"Inconscient et le Conscient, le deuxième topic comprenant le Moi, le Surmoi et le ça qui apparaitront dans une théorisation ultérieure.

emma0321
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Re: le cas d'elisabeth

par emma0321 » 13 Nov 2019, 21:20

bonjour
Modifié en dernier par emma0321 le 13 Nov 2019, 21:23, modifié 1 fois.

emma0321
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Re: le cas d'elisabeth

par emma0321 » 13 Nov 2019, 21:22

mathelot a écrit:
emma0321 a écrit:Bonjour, j'ai un devoir en philosophie et je ne comprend pas comment je doit répondre au question. J'ai fait la question deux il me manque la une. Merci pour votre aide

FREUD Le cas Elisabeth


Élisabeth s'appelait en réalité Ilona Weiss. Hongroise d'origine, cette jeune fille âgée de 29 ans vient consulter Freud en 1892. Elle souffre de douleurs aux jambes que [color=#FF0000]Freud attribue à des causes sexuelles.[/color] C'est l'occasion pour lui de proposer une méthode d'analyse nouvelle qui deviendra bientôt « la psychanalyse ».


Je l'interrogeai donc sur les circonstances et les causes de la première apparition des douleurs. 1 Ses pensées s'attachèrent alors à des vacances dans la ville d'eaux où elle était allée avant son voyage à Gastein et certaines scènes surgirent, que nous avions déjà plus superficiellement traitées auparavant. Elle parla de son état d'âme à cette époque, de sa lassitude après tous les soucis que lui avaient causés la maladie ophtalmique de sa mère et les soins qu'elle lui avait donnés à l'époque de l'opération ; elle parla enfin de son décourage¬ment final en pensant qu'il lui faudrait, vieille fille solitaire, renoncer à profiter de l'existence et à réaliser quelque chose dans la vie. Jusqu'alors, elle s'était trouvée assez forte pour se passer de l'aide d'un homme ; maintenant, le sentiment de sa faiblesse féminine l'avait envahie, ainsi que le besoin d'amour, et alors, suivant ses propres paroles, son être figé commença à fondre.

Naissance du désir
En proie à un pareil état d'âme, l'heureux mariage de sa soeur cadette fit sur elle la plus grande impression ; elle fut témoin de tous les tendres soins dont le beau¬-frère entourait sa femme, de la façon dont ils se comprenaient d'un seul regard, de leur confiance mutuelle. On pouvait évidemment regretter que la deuxième grossesse succédât aussi rapidement à la première, mais sa soeur qui savait que c'était là la cause de sa maladie supportait allègrement son mal en pensant que l'être aimé en était la cause.
Au moment de la promenade qui était étroitement liée aux douleurs d'Elisabeth, le beau-frère avait tout d'abord refusé de sortir, préférant rester auprès de sa femme malade, mais un regard de celle-ci, pensant qu'Elisabeth s'en réjouirait, le décida à faire cette excursion. La jeune fille resta tout le temps en compagnie de son beau-frère, ils parlèrent d'une foule de choses intimes et tout ce qu'il lui dit correspondait si bien à ses propres sentiments qu'un désir l'envahit alors : celui de posséder un mari ressemblant à celui-là. Puis ce fut le matin qui suivit le départ de la soeur et du beau-frère qu'elle se rendit à ce site, promenade préférée de ceux qui venaient de partir. Là, elle s'assit sur une pierre, et rêva à nouveau d'une vie heureuse comme celle de sa soeur, et d'un homme, comme son beau-frère, qui saurait capter son coeur. En se relevant, elle ressentit une douleur qui disparut cette fois-là encore, et ce ne fut que dans l'après-midi qui suivit un bain chaud pris dans cet endroit que les douleurs réapparurent pour ne plus la quitter.
J'essayai de savoir quelles pensées l'avaient préoccupée dans son bain ; je ne pus apprendre qu'une seule chose, c'est que l'établissement de bains l'avait fait se souvenir de ce que le jeune ménage y avait habité. J'avais compris depuis longtemps de quoi il s'agissait. La malade, plongée dans ses souvenirs à la fois doux et amers, paraissait ne pas saisir la sorte d'explication qu'elle me suggérait, et continuait à rapporter ses réminiscences2. Elle dépeignait son séjour à Gastein et l'état d'anxiété où la plongeait l'arrivée de chacune des lettres; enfin lui parvint la nouvelle de l'état alarmant de sa soeur, et Elisabeth décrivit la longue attente, le départ du train, le voyage fait dans une angoissante incertitude, la nuit sans sommeil, tout cela accompagné d'une violente recrudescence des douleurs.

Rejet du désir illicite
Je lui demandai si elle s'était représenté pendant le trajet la tragique possibilité qu'elle trouva réalisée à son arrivée. Elle me dit avoir fait l'impossible pour chasser cette idée, mais sa mère, croyait-elle, s'était dès le début attendue au pire. Suivit le récit de son arrivée à Vienne. Elle décrivit l'impression causée par les parents qui les attendaient à la gare, le petit trajet de Vienne à la proche banlieue où habitait sa sur, l'arrivée le soir, la traversée rapide du jardin jusqu'à la porte du petit pavillon, la maison silencieuse et plongée dans une angoissante obscurité, le fait que le beau-frère ne vint pas à leur rencontre. Puis l'entrée dans la chambre où reposait la morte, et tout d'un coup, l'horrible certitude que cette soeur bien aimée était partie sans leur dire adieu, sans que leurs soins eussent pu alléger ses derniers moments.
Au même instant une autre pensée avait traversé l'esprit d'Élisabeth, une pensée qui, à la manière d'un éclair rapide, avait traversé les ténèbres : l'idée qu'il était redevenu libre, et qu'elle pourrait l'épouser.
Tout s'éclairait. Les efforts de l'analyste étaient couronnés de succès. À cette minute, ce que j'avais supposé se confirmait à mes yeux, l'idée du « rejet » d'une représentation insupportable, l'apparition des symptômes hystériques par conversion d'une excitation psychique en symptômes somatiques3, la formation - par un acte volontaire aboutissant à une défense d'un groupe psychique isolé. C'était ainsi et non autrement que les choses s'étaient ici passées. Cette jeune fille avait éprouvé pour son beau-frère une tendre inclination, mais toute sa personne morale révoltée avait refusé de prendre conscience de ce sentiment. Enfin, lorsque cette certitude s'était imposée à elle (pendant la promenade faite avec lui, pendant sa rêverie matinale, au bain et devant le lit de sa soeur), elle s'était créé des douleurs par une conversion réussie de psychique en somatique.

Les résistances
À l'époque où j'entrepris son traitement, l'isolement du groupe d'associations relatives à cet amour était déjà fait accompli ; sans cela, je crois qu'elle ne se serait jamais prêtée au traitement, la résistance qu'elle opposa maintes fois à la reproduction des scènes traumatisantes correspondant réellement à l'énergie mise en oeuvre pour rejeter hors des associations l'idée intenable. Toutefois, le thérapeute4 fut en proie à bien des difficultés dans le temps qui suivit. Pour cette pauvre enfant, l'effet de la prise de conscience d'une représentation refoulée fut bouleversante. Elle poussa les hauts cris, lorsqu'en termes précis, je lui exposai les faits en lui montrant que depuis longtemps, elle était amoureuse de son beau-frère. À cet instant, elle se plaignit des plus affreuses douleurs et fit encore un effort désespéré pour rejeter mes explications : « Ce n'était pas vrai, c'était moi qui le lui avais suggéré, c'était impossible, elle n'était pas capable de tant de vilenies, ce serait impardonnable, etc. »
Il ne fut pas difficile de lui démontrer que ses propres paroles ne laissaient place à aucune autre interprétation, mais il me fallut longtemps pour lui faire accepter mes deux arguments consolateurs, à savoir que l'on n'est pas responsable de ses sentiments et que, dans ces circonstances, son comportement, son attitude, sa maladie, témoignaient suffisamment de sa haute moralité.

S. Freud et J. Breuer, Études sur l'hystérie (1895), PUF, p. 163.

1.Relevez et distinguez
a) ce qui semble être de l'ordre du fait
b) b) ce qui relève de l'interprétation des faits par Elisabeth ;

2.résumez la genèse de la maladie telle qu'elle pourrait être racontée par des témoins extérieurs; puis telle qu'elle est reconstituée de l'intérieur par Freud. Quelle différence fondamentale y-a-t-il?


j'ai colorié en noir les faits objectifs, en vert les interprétations d'Ilona et en rouge celles de Freud.
Freud est en train de découvrir ce que Lacan a appelé "le 1er topic du Moi" , l"Inconscient et le Conscient, le deuxième topic comprenant le Moi, le Surmoi et le ça qui apparaitront dans une théorisation ultérieure.




Bonjour@mathelot , merci pour votre aide. Mais le problème est que je ne sais pas comment je dois rédiger sa sur ma copie. est ce que je doit relevez toutes les lignes. et comment je distingue se qu je relève

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mathelot
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Re: le cas d'elisabeth

par mathelot » 14 Nov 2019, 20:08

bonsoir,
tu pourrais faire une numérotation du texte de Freud , un peu comme dans la Bible ou dans un livre de maths universitaire ,i.e, en numérotant des paragraphes puis des lignes, le texte numéroté étant joint en annexe au devoir.
Ensuite, tu fais ton explication de texte en citant les phrases du texte par leur numéro, par exemple,
Freud,3,10 veut dire paragraphe 3 ligne 10.

https://www.info-bible.org/lsg/03.Levitique.html

Ce que tu pourrais faire également, c'est quand tu rencontres un embryon de théorie Freudienne dans le texte,ça serait citer dans l'oeuvre le thème qui s'y rapporte, sachant que l'étude de l'hystérie (qu'il a commencé avec Charcot à Paris) est vraiment le tout début de la Recherche de Freud.

Si c'est trop fastidieux de numéroter, tu peux citer une phrase du texte entre guillemets, voire même ne citer que le début et la fin de la phrase, en remplaçant le corps de la phrase par des petits points.

emma0321
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Re: le cas d'elisabeth

par emma0321 » 14 Nov 2019, 20:53

mathelot a écrit:bonsoir,
tu pourrais faire une numérotation du texte de Freud , un peu comme dans la Bible ou dans un livre de maths universitaire ,i.e, en numérotant des paragraphes puis des lignes, le texte numéroté étant joint en annexe au devoir.
Ensuite, tu fais ton explication de texte en citant les phrases du texte par leur numéro, par exemple,
Freud,3,10 veut dire paragraphe 3 ligne 10.

Ce que tu pourrais faire également, c'est quand tu rencontres un embryon de théorie Freudienne dans le texte,ça serait citer dans l'oeuvre le thème qui s'y rapporte, sachant que l'étude de l'hystérie (qu'il a commencé avec Charcot à Paris) est vraiment le tout début de la Recherche de Freud.

Si c'est trop fastidieux de numéroter, tu peux citer une phrase du texte entre guillemets, voire même ne citer que le début et la fin de la phrase, en remplaçant le corps de la phrase par des petits points.



D’accord merci beaucoup.
Et j’ai une autre question, vu que vous m’avais surligné ce qui semble est de l’ordre du fait dans le texte comment avait vous fait pour distinguer ? Pourquoi c’est sa qui est de l’ordre du fait ?

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mathelot
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Re: le cas d'elisabeth

par mathelot » 14 Nov 2019, 21:02

emma0321 a écrit:Et j’ai une autre question, vû que vous m’avez surligné ce qui semble être de l’ordre du fait dans le texte comment avez vous fait pour distinguer ? Pourquoi c’est ça qui est de l’ordre du fait ?


Pour déterminer ce qui est de l'ordre du fait, on imagine être un témoin extérieur à la famille, attentif et silencieux.
Ce qui est de l'ordre du fait, c'est ce qui peut être observé, constaté ou rapporté par une personne de confiance.
Une action, une situation, un état de fait.

Par contre, une interprétation consiste à faire le lien entre un fait réel et une activité psychique chez la personne. Le propre du Freudisme est d'avoir structuré le psychisme en plusieurs instances.

Elisabeth est malade, elle souffre de douleurs aux jambes -c'est un fait-
Elisabeth est malade car elle est amoureuse - c'est une interprétation-


Ceci écrit, fais ta propre analyse du texte car la mienne n'a pas été très réfléchie, je l'ai fait en vitesse.

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Re: le cas d'elisabeth

par emma0321 » 14 Nov 2019, 21:12

mathelot a écrit:
emma0321 a écrit:Et j’ai une autre question, vû que vous m’avez surligné ce qui semble être de l’ordre du fait dans le texte comment avez vous fait pour distinguer ? Pourquoi c’est ça qui est de l’ordre du fait ?


Pour déterminer ce qui est de l'ordre du fait, on imagine être un témoin extérieur à la famille, attentif et silencieux.
Ce qui est de l'ordre du fait, c'est ce qui peut être observé, constaté ou rapporté par une personne de confiance.
Une action, une situation, un état de fait.

Par contre, une interprétation consiste à faire le lien entre un fait réel et une activité psychique chez la personne. Le propre du Freudisme est d'avoir structuré le psychisme en plusieurs instances.

Elisabeth est malade, elle souffre de douleurs aux jambes -c'est un fait-
Elisabeth est malade car elle est amoureuse - c'est une interprétation-


Ceci écrit, fais ta propre analyse du texte car la mienne n'a pas été très réfléchie, je l'ai fait en vitesse.



D’accord merci beaucoup, c’est vraiment plus claire pour moi.
Après pour ce qui relève de l’interprétation des faits pas Freud, on le remarque car il utilise le pronom personnel « je ». C’est sa qui fait dire pour distinguer son interprétation à Freud ?

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Re: le cas d'elisabeth

par mathelot » 14 Nov 2019, 21:26

emma0321 a écrit:Après pour ce qui relève de l’interprétation des faits par Freud, on le remarque car il utilise le pronom personnel « je ». C’est ça qui fait dire pour distinguer son interprétation à Freud ?


A la base , Freud est un médecin. Les médecins soignent le plus souvent les symptômes des maladies et pas nécessairement leurs causes. Mais Freud est un théoricien. Ce qui l'intéresse, c'est d'étudier le psychisme. Au cours de sa carrière, il va instancier ce psychisme en plusieurs catégories. Au début, il classifie les pensées entre Conscient et Inconscient (d'après ses observations de l'hystérie et sa pratique de l'hypnose), puis bien plus tard entre Moi/ça et Surmoi. Il a une méthode d'observation empirique
, il observe les discours, les attitudes, les situations et les classent pour qu'elles viennent s'inscrire dans sa "nomenclature". Donc une interprétation de Freud est essentiellement une brique qui vient consolider ses découvertes théoriques.

emma0321
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Re: le cas d'elisabeth

par emma0321 » 14 Nov 2019, 22:00

mathelot a écrit:
emma0321 a écrit:Après pour ce qui relève de l’interprétation des faits par Freud, on le remarque car il utilise le pronom personnel « je ». C’est ça qui fait dire pour distinguer son interprétation à Freud ?


A la base , Freud est un médecin. Les médecins soignent le plus souvent les symptômes des maladies et pas nécessairement leurs causes. Mais Freud est un théoricien. Ce qui l'intéresse, c'est d'étudier le psychisme. Au cours de sa carrière, il va instancier ce psychisme en plusieurs catégories. Au début, il classifie les pensées entre Conscient et Inconscient (d'après ses observations de l'hystérie et sa pratique de l'hypnose), puis bien plus tard entre Moi/ça et Surmoi. Il a une méthode d'observation empirique
, il observe les discours, les attitudes, les situations et les classent pour qu'elles viennent s'inscrire dans sa "nomenclature". Donc une interprétation de Freud est essentiellement une brique qui vient consolider ses découvertes théoriques.


Ok d’Accord merci vraiment pour le temps que vous m’accordez.
Mais comment on peux distinguez et différenciez l’interpretation des faits pas Elisabeth et par Freud.

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mathelot
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Re: le cas d'elisabeth

par mathelot » 14 Nov 2019, 23:04

emma0321 a écrit:
mathelot a écrit:Mais comment on peut distinguer et différencier l’interprétation des faits par Elisabeth et par Freud.


Les pensées d'Ilona ont trait au couple que forment sa soeur et son beau-frère. Les pensées de Freud concernent le refoulé d'Ilona. Ilona a changé une souffrance psychique en symptômes physiologiques. Par ses explications , Freud essaie de supprimer les souffrances psychiques d'Ilona, ce qui entrainera la fin de ses souffrances physiques.

 

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