FREUD Le cas Élisabeth

Quand Socrate rencontre Shakespear: discussions littéraires, langues étrangères, histoire ou géographie.
hwish123
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FREUD Le cas Élisabeth

par hwish123 » 04 Jan 2020, 22:57

Bonjour, j’ai un devoir maison en philosophie et j’ai beaucoup de mal à répondre aux questions posées. J’ai fait la première question mais ne comprend pas les deux autres questions... Merci pour votre aide

Comment se manifeste l’inconscient ?

FREUD Le cas Elisabeth


Élisabeth s'appelait en réalité Ilona Weiss. Hongroise d'origine, cette jeune fille âgée de 29 ans vient consulter Freud en 1892. Elle souffre de douleurs aux jambes que Freud attribue à des causes sexuelles. C'est l'occasion pour lui de proposer une méthode d'analyse nouvelle qui deviendra bientôt « la psychanalyse ».


Je l'interrogeai donc sur les circonstances et les causes de la première apparition des douleurs. 1 Ses pensées s'attachèrent alors à des vacances dans la ville d'eaux où elle était allée avant son voyage à Gastein et certaines scènes surgirent, que nous avions déjà plus superficiellement traitées auparavant. Elle parla de son état d'âme à cette époque, de sa lassitude après tous les soucis que lui avaient causés la maladie ophtalmique de sa mère et les soins qu'elle lui avait donnés à l'époque de l'opération ; elle parla enfin de son décourage¬ment final en pensant qu'il lui faudrait, vieille fille solitaire, renoncer à profiter de l'existence et à réaliser quelque chose dans la vie. Jusqu'alors, elle s'était trouvée assez forte pour se passer de l'aide d'un homme ; maintenant, le sentiment de sa faiblesse féminine l'avait envahie, ainsi que le besoin d'amour, et alors, suivant ses propres paroles, son être figé commença à fondre.

Naissance du désir
En proie à un pareil état d'âme, l'heureux mariage de sa sur cadette fit sur elle la plus grande impression ; elle fut témoin de tous les tendres soins dont le beau¬-frère entourait sa femme, de la façon dont ils se com¬prenaient d'un seul regard, de leur confiance mutuelle. On pouvait évidemment regretter que la deuxième grossesse succédât aussi rapidement à la première, mais sa sur qui savait que c'était là la cause de sa maladie supportait allègrement son mal en pensant que l'être aimé en était la cause.
Au moment de la promenade qui était étroitement liée aux douleurs d'Elisabeth, le beau-frère avait tout d'abord refusé de sortir, préférant rester auprès de sa femme malade, mais un regard de celle-ci, pensant qu'Elisabeth s'en réjouirait, le décida à faire cette excursion. La jeune fille resta tout le temps en compagnie de son beau-frère, ils parlèrent d'une foule de choses intimes et tout ce qu'il lui dit correspondait si bien à ses propres sentiments qu'un désir l'envahit alors : celui de posséder un mari ressemblant à celui-là. Puis ce fut le matin qui suivit le départ de la sur et du beau-frère qu'elle se rendit à ce site, promenade préférée de ceux qui venaient de partir. Là, elle s'assit sur une pierre, et rêva à nouveau d'une vie heureuse comme celle de sa sœur, et d'un homme, comme son beau-frère, qui saurait capter son cœur. En se relevant, elle ressentit une douleur qui disparut cette fois-là encore, et ce ne fut que dans l'après-midi qui sui¬vit un bain chaud pris dans cet endroit que les douleurs réapparurent pour ne plus la quitter.
J'essayai de savoir quelles pensées l'avaient préoccupée dans son bain ; je ne pus apprendre qu'une seule chose, c'est que l'établissement de bains l'avait fait se souvenir de ce que le jeune ménage y avait habité. J'avais compris depuis longtemps de quoi il s'agissait. La malade, plongée dans ses souvenirs à la fois doux et amers, paraissait ne pas saisir la sorte d'explication qu'elle me suggérait, et continuait à rapporter ses réminiscences2. Elle dépeignait son séjour à Gastein et l'état d'anxiété où la plongeait l'arrivée de chacune des lettres; enfin lui parvint la nouvelle de l'état alarmant de sa sur, et Elisabeth décrivit la longue attente, le départ du train, le voyage fait dans une angoissante incertitude, la nuit sans sommeil, tout cela accompagné d'une violente recrudescence des douleurs.

Rejet du désir illicite
Je lui demandai si elle s'était représenté pendant le trajet la tragique possibilité qu'elle trouva réalisée à son arrivée. Elle me dit avoir fait l'impossible pour chasser cette idée, mais sa mère, croyait-elle, s'était dès le début attendue au pire. Suivit le récit de son arrivée à Vienne. Elle décrivit l'impression causée par les parents qui les attendaient à la gare, le petit trajet de Vienne à la proche banlieue où habitait sa sur, l'arrivée le soir, la traversée rapide du jardin jusqu'à la porte du petit pavillon, la maison silencieuse et plongée dans une angoissante obscurité, le fait que le beau-frère ne vint pas à leur rencontre. Puis l'entrée dans la chambre où reposait la morte, et tout d'un coup, l'horrible certitude que cette sur bien aimée était partie sans leur dire adieu, sans que leurs soins eus¬sent pu alléger ses derniers moments.
Au même instant une autre pensée avait traversé l'es¬prit d'Élisabeth, une pensée qui, à la manière d'un éclair rapide, avait traversé les ténèbres : l'idée qu'il était redevenu libre, et qu'elle pourrait l'épouser. Tout s'éclairait. Les efforts de l'analyste étaient couronnés de succès. À cette minute, ce que j'avais supposé se confirmait à mes yeux, l'idée du « rejet » d'une représentation insupportable, l'apparition des symptômes hystériques par conversion d'une excitation psychique en symptômes somatiques3, la formation - par un acte volontaire aboutissant à une défense d'un groupe psychique isolé. C'était ainsi et non autrement que les choses s'étaient ici passées. Cette jeune fille avait éprouvé pour son beau-frère une tendre inclination, mais toute sa personne morale révoltée avait refusé de prendre conscience de ce sentiment. Enfin, lorsque cette certitude s'était imposée à elle (pendant la promenade faite avec lui, pendant sa rêverie matinale, au bain et devant le lit de sa sœur), elle s'était créé des douleurs par une conversion réussie de psychique en somatique.

Les résistances
À l'époque où j'entrepris son traitement, l'isolement du groupe d'associations relatives à cet amour était déjà fait accompli ; sans cela, je crois qu'elle ne se serait jamais prêtée au traitement, la résistance qu'elle opposa maintes fois à la reproduction des scènes traumatisantes correspondant réellement à l'énergie mise en ceuvre pour rejeter hors des associations l'idée intenable. Toutefois, le thérapeute4 fut en proie à bien des difficultés dans le temps qui suivit. Pour cette pauvre enfant, l'effet de la prise de conscience d'une représentation refoulée fut bouleversante. Elle poussa les hauts cris, lorsqu'en termes précis, je lui exposai les faits en lui montrant que depuis longtemps, elle était amoureuse de son beau¬-frère. À cet instant, elle se plaignit des plus affreuses douleurs et fit encore un effort désespéré pour rejeter mes explications : « Ce n'était pas vrai, c'était moi qui le lui avais suggéré, c'était impossible, elle n'était pas capable de tant de vilenies, ce serait impardonnable, etc. »
Il ne fut pas difficile de lui démontrer que ses propres paroles ne laissaient place à aucune autre interprétation, mais il me fallut longtemps pour lui faire accepter mes deux arguments consolateurs, à savoir que l'on n'est pas responsable de ses sentiments et que, dans ces circonstances, son comportement, son attitude, sa maladie, témoignaient suffisamment de sa haute moralité.

S. Freud et J. Breuer, Études sur l'hystérie (1895), PUF, p. 163.

1.Relevez et distinguez
- ce qui semble être de l'ordre du fait
- ce qui relève de l'interprétation des faits par Elisabeth ;
- ce qui relève de l’interprétation des faits par Freud
Ces domaines sont-ils bien séparés ? Quel reproche peut-on faire à Freud ?



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mathelot
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Re: FREUD Le cas Élisabeth

par mathelot » 06 Jan 2020, 02:04

en bleu,ordre du fait
en vert, interprétation des faits par Elisabeth
en rouge,interprétation des faits par Freud

Comment se manifeste l’inconscient ?

FREUD Le cas Elisabeth


Élisabeth s'appelait en réalité Ilona Weiss. Hongroise d'origine, cette jeune fille âgée de 29 ans vient consulter Freud en 1892. Elle souffre de douleurs aux jambes que Freud attribue à des causes sexuelles. C'est l'occasion pour lui de proposer une méthode d'analyse nouvelle qui deviendra bientôt « la psychanalyse ».


Je l'interrogeai donc sur les circonstances et les causes de la première apparition des douleurs. 1 Ses pensées s'attachèrent alors à des vacances dans la ville d'eaux où elle était allée avant son voyage à Gastein et certaines scènes surgirent, que nous avions déjà plus superficiellement traitées auparavant. Elle parla de son état d'âme à cette époque, de sa lassitude après tous les soucis que lui avaient causés la maladie ophtalmique de sa mère et les soins qu'elle lui avait donnés à l'époque de l'opération ; elle parla enfin de son décourage¬ment final en pensant qu'il lui faudrait, vieille fille solitaire, renoncer à profiter de l'existence et à réaliser quelque chose dans la vie. Jusqu'alors, elle s'était trouvée assez forte pour se passer de l'aide d'un homme ; maintenant, le sentiment de sa faiblesse féminine l'avait envahie, ainsi que le besoin d'amour, et alors, suivant ses propres paroles, son être figé commença à fondre.

Naissance du désir
En proie à un pareil état d'âme, l'heureux mariage de sa soeur cadette fit sur elle la plus grande impression ; elle fut témoin de tous les tendres soins dont le beau¬-frère entourait sa femme, de la façon dont ils se com¬prenaient d'un seul regard, de leur confiance mutuelle. On pouvait évidemment regretter que la deuxième grossesse succédât aussi rapidement à la première, mais sa soeur qui savait que c'était là la cause de sa maladie supportait allègrement son mal en pensant que l'être aimé en était la cause.
Au moment de la promenade qui était étroitement liée aux douleurs d'Elisabeth, le beau-frère avait tout d'abord refusé de sortir, préférant rester auprès de sa femme malade, mais un regard de celle-ci, pensant qu'Elisabeth s'en réjouirait, le décida à faire cette excursion
. La jeune fille resta tout le temps en compagnie de son beau-frère, ils parlèrent d'une foule de choses intimes et tout ce qu'il lui dit correspondait si bien à ses propres sentiments qu'un désir l'envahit alors : celui de posséder un mari ressemblant à celui-là. Puis ce fut le matin qui suivit le départ de la soeur et du beau-frère qu'elle se rendit à ce site, promenade préférée de ceux qui venaient de partir. Là, elle s'assit sur une pierre, et rêva à nouveau d'une vie heureuse comme celle de sa soeur, et d'un homme, comme son beau-frère, qui saurait capter son coeur. En se relevant, elle ressentit une douleur qui disparut cette fois-là encore, et ce ne fut que dans l'après-midi qui sui¬vit un bain chaud pris dans cet endroit que les douleurs réapparurent pour ne plus la quitter.
J'essayai de savoir quelles pensées l'avaient préoccupée dans son bain ; je ne pus apprendre qu'une seule chose, c'est que l'établissement de bains l'avait fait se souvenir de ce que le jeune ménage y avait habité. J'avais compris depuis longtemps de quoi il s'agissait. La malade, plongée dans ses souvenirs à la fois doux et amers, paraissait ne pas saisir la sorte d'explication qu'elle me suggérait, et continuait à rapporter ses réminiscences2. Elle dépeignait son séjour à Gastein et l'état d'anxiété où la plongeait l'arrivée de chacune des lettres; enfin lui parvint la nouvelle de l'état alarmant de sa soeur, et Elisabeth décrivit la longue attente, le départ du train, le voyage fait dans une angoissante incertitude, la nuit sans sommeil, tout cela accompagné d'une violente recrudescence des douleurs.


Rejet du désir illicite
Je lui demandai si elle s'était représenté pendant le trajet la tragique possibilité qu'elle trouva réalisée à son arrivée. Elle me dit avoir fait l'impossible pour chasser cette idée, mais sa mère, croyait-elle, s'était dès le début attendue au pire. Suivit le récit de son arrivée à Vienne. Elle décrivit l'impression causée par les parents qui les attendaient à la gare, le petit trajet de Vienne à la proche banlieue où habitait sa soeur, l'arrivée le soir, la traversée rapide du jardin jusqu'à la porte du petit pavillon, la maison silencieuse et plongée dans une angoissante obscurité, le fait que le beau-frère ne vint pas à leur rencontre. Puis l'entrée dans la chambre où reposait la morte, et tout d'un coup, l'horrible certitude que cette soeur bien aimée était partie sans leur dire adieu, sans que leurs soins eus¬sent pu alléger ses derniers moments.
Au même instant une autre pensée avait traversé l'es¬prit d'Élisabeth, une pensée qui, à la manière d'un éclair rapide, avait traversé les ténèbres : l'idée qu'il était redevenu libre, et qu'elle pourrait l'épouser. Tout s'éclairait. Les efforts de l'analyste étaient couronnés de succès. À cette minute, ce que j'avais supposé se confirmait à mes yeux, l'idée du « rejet » d'une représentation insupportable, l'apparition des symptômes hystériques par conversion d'une excitation psychique en symptômes somatiques3, la formation - par un acte volontaire aboutissant à une défense d'un groupe psychique isolé. C'était ainsi et non autrement que les choses s'étaient ici passées. Cette jeune fille avait éprouvé pour son beau-frère une tendre inclination, mais toute sa personne morale révoltée avait refusé de prendre conscience de ce sentiment. Enfin, lorsque cette certitude s'était imposée à elle (pendant la promenade faite avec lui, pendant sa rêverie matinale, au bain et devant le lit de sa sœur), elle s'était créé des douleurs par une conversion réussie de psychique en somatique.

Les résistances
À l'époque où j'entrepris son traitement, l'isolement du groupe d'associations relatives à cet amour était déjà fait accompli ; sans cela, je crois qu'elle ne se serait jamais prêtée au traitement, la résistance qu'elle opposa maintes fois à la reproduction des scènes traumatisantes correspondant réellement à l'énergie mise en ceuvre pour rejeter hors des associations l'idée intenable. Toutefois, le thérapeute4 fut en proie à bien des difficultés dans le temps qui suivit. Pour cette pauvre enfant, l'effet de la prise de conscience d'une représentation refoulée fut bouleversante. Elle poussa les hauts cris, lorsqu'en termes précis, je lui exposai les faits en lui montrant que depuis longtemps, elle était amoureuse de son beau¬-frère. À cet instant, elle se plaignit des plus affreuses douleurs et fit encore un effort désespéré pour rejeter mes explications : « Ce n'était pas vrai, c'était moi qui le lui avais suggéré, c'était impossible, elle n'était pas capable de tant de vilenies, ce serait impardonnable, etc. »
Il ne fut pas difficile de lui démontrer que ses propres paroles ne laissaient place à aucune autre interprétation, mais il me fallut longtemps pour lui faire accepter mes deux arguments consolateurs, à savoir que l'on n'est pas responsable de ses sentiments et que, dans ces circonstances, son comportement, son attitude, sa maladie, témoignaient suffisamment de sa haute moralité.

S. Freud et J. Breuer, Études sur l'hystérie (1895), PUF, p. 163.

1.Relevez et distinguez
- ce qui semble être de l'ordre du fait
- ce qui relève de l'interprétation des faits par Elisabeth ;
- ce qui relève de l’interprétation des faits par Freud
Ces domaines sont-ils bien séparés ? Quel reproche peut-on faire à Freud ?[/quote]

"J'essayai de savoir quelles pensées l'avaient préoccupée dans son bain ; je ne pus apprendre qu'une seule chose, c'est que l'établissement de bains l'avait fait se souvenir de ce que le jeune ménage y avait habité."
on voit la technique de Freud dans ces lignes précédentes: pour Freud les pensées désagréables et à refouler précèdent directement les douleurs aux jambes d'Elisabeth et en sont donc la cause.

On peut reprocher à Freud de suggérer une interprétation à Elisabeth qui lui est étrangère.

hwish123
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Re: FREUD Le cas Élisabeth

par hwish123 » 07 Jan 2020, 00:01

mathelot a écrit:en bleu,ordre du fait
en vert, interprétation des faits par Elisabeth
en rouge,interprétation des faits par Freud

Comment se manifeste l’inconscient ?

FREUD Le cas Elisabeth


Élisabeth s'appelait en réalité Ilona Weiss. Hongroise d'origine, cette jeune fille âgée de 29 ans vient consulter Freud en 1892. Elle souffre de douleurs aux jambes que Freud attribue à des causes sexuelles. C'est l'occasion pour lui de proposer une méthode d'analyse nouvelle qui deviendra bientôt « la psychanalyse ».


Je l'interrogeai donc sur les circonstances et les causes de la première apparition des douleurs. 1 Ses pensées s'attachèrent alors à des vacances dans la ville d'eaux où elle était allée avant son voyage à Gastein et certaines scènes surgirent, que nous avions déjà plus superficiellement traitées auparavant. Elle parla de son état d'âme à cette époque, de sa lassitude après tous les soucis que lui avaient causés la maladie ophtalmique de sa mère et les soins qu'elle lui avait donnés à l'époque de l'opération ; elle parla enfin de son décourage¬ment final en pensant qu'il lui faudrait, vieille fille solitaire, renoncer à profiter de l'existence et à réaliser quelque chose dans la vie. Jusqu'alors, elle s'était trouvée assez forte pour se passer de l'aide d'un homme ; maintenant, le sentiment de sa faiblesse féminine l'avait envahie, ainsi que le besoin d'amour, et alors, suivant ses propres paroles, son être figé commença à fondre.

Naissance du désir
En proie à un pareil état d'âme, l'heureux mariage de sa soeur cadette fit sur elle la plus grande impression ; elle fut témoin de tous les tendres soins dont le beau¬-frère entourait sa femme, de la façon dont ils se com¬prenaient d'un seul regard, de leur confiance mutuelle. On pouvait évidemment regretter que la deuxième grossesse succédât aussi rapidement à la première, mais sa soeur qui savait que c'était là la cause de sa maladie supportait allègrement son mal en pensant que l'être aimé en était la cause.
Au moment de la promenade qui était étroitement liée aux douleurs d'Elisabeth, le beau-frère avait tout d'abord refusé de sortir, préférant rester auprès de sa femme malade, mais un regard de celle-ci, pensant qu'Elisabeth s'en réjouirait, le décida à faire cette excursion
. La jeune fille resta tout le temps en compagnie de son beau-frère, ils parlèrent d'une foule de choses intimes et tout ce qu'il lui dit correspondait si bien à ses propres sentiments qu'un désir l'envahit alors : celui de posséder un mari ressemblant à celui-là. Puis ce fut le matin qui suivit le départ de la soeur et du beau-frère qu'elle se rendit à ce site, promenade préférée de ceux qui venaient de partir. Là, elle s'assit sur une pierre, et rêva à nouveau d'une vie heureuse comme celle de sa soeur, et d'un homme, comme son beau-frère, qui saurait capter son coeur. En se relevant, elle ressentit une douleur qui disparut cette fois-là encore, et ce ne fut que dans l'après-midi qui sui¬vit un bain chaud pris dans cet endroit que les douleurs réapparurent pour ne plus la quitter.
J'essayai de savoir quelles pensées l'avaient préoccupée dans son bain ; je ne pus apprendre qu'une seule chose, c'est que l'établissement de bains l'avait fait se souvenir de ce que le jeune ménage y avait habité. J'avais compris depuis longtemps de quoi il s'agissait. La malade, plongée dans ses souvenirs à la fois doux et amers, paraissait ne pas saisir la sorte d'explication qu'elle me suggérait, et continuait à rapporter ses réminiscences2. Elle dépeignait son séjour à Gastein et l'état d'anxiété où la plongeait l'arrivée de chacune des lettres; enfin lui parvint la nouvelle de l'état alarmant de sa soeur, et Elisabeth décrivit la longue attente, le départ du train, le voyage fait dans une angoissante incertitude, la nuit sans sommeil, tout cela accompagné d'une violente recrudescence des douleurs.


Rejet du désir illicite
Je lui demandai si elle s'était représenté pendant le trajet la tragique possibilité qu'elle trouva réalisée à son arrivée. Elle me dit avoir fait l'impossible pour chasser cette idée, mais sa mère, croyait-elle, s'était dès le début attendue au pire. Suivit le récit de son arrivée à Vienne. Elle décrivit l'impression causée par les parents qui les attendaient à la gare, le petit trajet de Vienne à la proche banlieue où habitait sa soeur, l'arrivée le soir, la traversée rapide du jardin jusqu'à la porte du petit pavillon, la maison silencieuse et plongée dans une angoissante obscurité, le fait que le beau-frère ne vint pas à leur rencontre. Puis l'entrée dans la chambre où reposait la morte, et tout d'un coup, l'horrible certitude que cette soeur bien aimée était partie sans leur dire adieu, sans que leurs soins eus¬sent pu alléger ses derniers moments.
Au même instant une autre pensée avait traversé l'es¬prit d'Élisabeth, une pensée qui, à la manière d'un éclair rapide, avait traversé les ténèbres : l'idée qu'il était redevenu libre, et qu'elle pourrait l'épouser. Tout s'éclairait. Les efforts de l'analyste étaient couronnés de succès. À cette minute, ce que j'avais supposé se confirmait à mes yeux, l'idée du « rejet » d'une représentation insupportable, l'apparition des symptômes hystériques par conversion d'une excitation psychique en symptômes somatiques3, la formation - par un acte volontaire aboutissant à une défense d'un groupe psychique isolé. C'était ainsi et non autrement que les choses s'étaient ici passées. Cette jeune fille avait éprouvé pour son beau-frère une tendre inclination, mais toute sa personne morale révoltée avait refusé de prendre conscience de ce sentiment. Enfin, lorsque cette certitude s'était imposée à elle (pendant la promenade faite avec lui, pendant sa rêverie matinale, au bain et devant le lit de sa sœur), elle s'était créé des douleurs par une conversion réussie de psychique en somatique.

Les résistances
À l'époque où j'entrepris son traitement, l'isolement du groupe d'associations relatives à cet amour était déjà fait accompli ; sans cela, je crois qu'elle ne se serait jamais prêtée au traitement, la résistance qu'elle opposa maintes fois à la reproduction des scènes traumatisantes correspondant réellement à l'énergie mise en ceuvre pour rejeter hors des associations l'idée intenable. Toutefois, le thérapeute4 fut en proie à bien des difficultés dans le temps qui suivit. Pour cette pauvre enfant, l'effet de la prise de conscience d'une représentation refoulée fut bouleversante. Elle poussa les hauts cris, lorsqu'en termes précis, je lui exposai les faits en lui montrant que depuis longtemps, elle était amoureuse de son beau¬-frère. À cet instant, elle se plaignit des plus affreuses douleurs et fit encore un effort désespéré pour rejeter mes explications : « Ce n'était pas vrai, c'était moi qui le lui avais suggéré, c'était impossible, elle n'était pas capable de tant de vilenies, ce serait impardonnable, etc. »
Il ne fut pas difficile de lui démontrer que ses propres paroles ne laissaient place à aucune autre interprétation, mais il me fallut longtemps pour lui faire accepter mes deux arguments consolateurs, à savoir que l'on n'est pas responsable de ses sentiments et que, dans ces circonstances, son comportement, son attitude, sa maladie, témoignaient suffisamment de sa haute moralité.

S. Freud et J. Breuer, Études sur l'hystérie (1895), PUF, p. 163.

1.Relevez et distinguez
- ce qui semble être de l'ordre du fait
- ce qui relève de l'interprétation des faits par Elisabeth ;
- ce qui relève de l’interprétation des faits par Freud
Ces domaines sont-ils bien séparés ? Quel reproche peut-on faire à Freud ?


"J'essayai de savoir quelles pensées l'avaient préoccupée dans son bain ; je ne pus apprendre qu'une seule chose, c'est que l'établissement de bains l'avait fait se souvenir de ce que le jeune ménage y avait habité."
on voit la technique de Freud dans ces lignes précédentes: pour Freud les pensées désagréables et à refouler précèdent directement les douleurs aux jambes d'Elisabeth et en sont donc la cause.

On peut reprocher à Freud de suggérer une interprétation à Elisabeth qui lui est étrangère.[/quote]


Merci beaucoup pour votre réponse ! Pour la question "Ces domaines sont t-ils bien séparés ?" Je pensais qu'il fallait dire si l'ordre des faits, les interprétations d'Élisabeth et de freud étaient bien séparées... Il faut donc dire que Les faits sont liés aux interprétations de freud car ils sont la cause des douleurs d'Élisabeth ? Et comment faîtes vous pour distinguer les interpretations d'Élisabeth ?

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mathelot
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Re: FREUD Le cas Élisabeth

par mathelot » 07 Jan 2020, 00:57

hwish123 a écrit:
Merci beaucoup pour votre réponse ! Pour la question "Ces domaines sont t-ils bien séparés ?" Je pensais qu'il fallait dire si l'ordre des faits, les interprétations d'Élisabeth et de freud étaient bien séparées... Il faut donc dire que Les faits sont liés aux interprétations de freud car ils sont la cause des douleurs d'Élisabeth ? Et comment faîtes vous pour distinguer les interpretations d'Élisabeth ?



L'histoire de la psychanalyse est liée au statut de l'Interprétation (l'interprétation étant l'outil principal du thérapeute pour guérir la patiente). Au début Freud a pratiqué l'hypnose. Durant les séances d'hypnose, les malades racontaient leur traumatisme, les détails et les circonstances du traumatisme. Il y avait un hic, c'est qu'une fois réveillés, les malades n'avaient aucun souvenir (conscient) du traumatisme, de ce qu'ils avaient pû raconter sous hypnose, et donc l'interprétation , la réponse , du thérapeute tombait comme un cheveu sur la soupe,i.e, n'était pas comprise par le patient qui trouvait l'interprétation tirée par les cheveux. Donc, suite à cette absence de résultat, Freud a abandonné la pratique de l'hypnose, assez rapidement. Le problème s'est posé alors "comment accéder à l'Inconscient du malade ?" . c'est là que les psychanalystes ont découvert le "transfert" (grosso modo, le patient ,durant la cure, projette plusieurs figures de son panthéon familial sur le thérapeute ) et dans le cadre du transfert, le patient devient sensible, malléable , compréhensif à l'interprétation. Ensuite, avec Lacan, l'argent a joué un rôle très important comme moteur du transfert. Pour en revenir au texte étudié, on est au début de la psychanalyse, on voit dans ce texte que le transfert de la patiente est complètement absent ,on n'y fait aucune allusion, car cet aspect de la cure n'a pas encore été bien étudié. Donc l'interprétation est mal "digérée" par la patiente,Elisabeth en l'occurence, c'est ce que Freud appelle les "résistances". S'il y a trop de résistance de la part d'Elisabeth, on en revient à l'époque préhistorique de l'hypnose, où les interprétations du thérapeute ne sont pas admises par la patiente, sont mal accueillies. C'est une époque de la psychanalyse qui souffre, amha, d'interprétations trop sommaires, mal préparées. Et Freud s'étonne qu'Elisabeth n'acquiesce pas à sa vision des faits. Plus tard, pour accéder à l'inconscient du patient(e),les psychothérapeutes privilégieront l'"attention flottante" avec laquelle le psychothérapeute écoute , dans le flou, pour ne pas privilégier un aspect dans le discours du patient, d'un autre aspect. Dans cette étude de cas, on verrait si l'interprétation a fait mouche, via la disparition des symptomes douloureux des maux d'Elisabeth. On peut conclure en disant que la psychanalyse d'Elisabeth est assez rudimentaire et il faudrait savoir si Elisabeth a guéri suite à la cure. Enfin, il est probable que la cure d'Elisabeth a été courte , d'une durée inférieure à six mois. Par la suite, la durée totale des cures va s'allonger et certaines psychanalyses vont durer des années.

mots-clés: cure psychanalytique, transfert, traumdeutung, hypnose, Breuer, Lacan, Jung ,inconscient, moi, surmoi,ça,interprétation des rêves.
Modifié en dernier par mathelot le 07 Jan 2020, 01:26, modifié 1 fois.

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Re: FREUD Le cas Élisabeth

par hwish123 » 07 Jan 2020, 01:09

Je vous remercie pour tout le temps que vous m'accorder. Si je comprend bien, pour la question "ces domaines sont-ils bien séparés?" il faut répondre en disant que les interprétations de Freud son séparées de celles de la patiente car trop hatives et provoquant une résistance chez la patiente due a l'absence de transfert ?

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Re: FREUD Le cas Élisabeth

par hwish123 » 07 Jan 2020, 01:10

Elisabeth fut la première patiente a avoir été totalement guérite grâce à la méthode psychanalytique il me semble

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Re: FREUD Le cas Élisabeth

par mathelot » 07 Jan 2020, 01:14

hwish123 a écrit:Je vous remercie pour tout le temps que vous m'accorder. Si je comprend bien, pour la question "ces domaines sont-ils bien séparés?" il faut répondre en disant que les interprétations de Freud son séparées de celles de la patiente car trop hatives et provoquant une résistance chez la patiente due a l'absence de transfert ?


oui, c'est ça. Pour ne pas faire d'anachronismes, Freud , à l'époque, ne connaissait pas le transfert. C'était une notion qui n'existait pas.

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Re: FREUD Le cas Élisabeth

par hwish123 » 07 Jan 2020, 01:17

Je vous suis infiniment reconnaissante pour le temps que vous m'avez accordée ! Mais que dois je dire au niveau de l'ordre des faits ? Sont-ils bien séparés des interprétations qu'en font freud et Élisabeth ?

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Re: FREUD Le cas Élisabeth

par mathelot » 07 Jan 2020, 01:24

je ne pense pas. L'ordre des faits n'intervient que par l'interprétation que l'on en fait. Dans le cas d'Elisabeth, même un béotien pourrait en déduire que l'admiration d'Elisabeth pour son beau-frère peut cacher de doux sentiments dissimulés.
Modifié en dernier par mathelot le 07 Jan 2020, 01:29, modifié 1 fois.

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Re: FREUD Le cas Élisabeth

par mathelot » 07 Jan 2020, 01:28

hwish123 a écrit:Elisabeth fut la première patiente a avoir été totalement guérite grâce à la méthode psychanalytique il me semble


ah bon ! cool!

 

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