Bonjour à tous,
Je suis au lycée, en 1ère et j'aimerais être plus "matheux".
Mes professeurs depuis quelques années m'on écœuré des mathématiques. A
un point que cela me fait défaut dans toutes les matières où les
mathématiques ont une place.
Ce message est donc un appelle au secours, avec quelques questions pour
les plus passionnés d'entre vous.
Qu'est-ce qui vous a donné envie d'aimer les mathématiques ?
Que trouvez-vous dans les mathématiques que vous ne trouvez nulle part
ailleurs ?
En bref, donnez moi, s'il vous plait, envie de comprendre et d'appliquer
les mathématiques.
Quantum.
Posted by: Anthinéa
Posted by: Jean-Jacques Rétorré
Le Sat, 22 Nov 2003 14:25:43 +0100
W=v+w <google_edu@hotmail.com> écrivit:
> Bonjour à tous,
> Je suis au lycée, en 1ère et j'aimerais être plus "matheux".
> Mes professeurs depuis quelques années m'on écœuré des mathématiques.
Essaye de rencontrer des gens qui aiment les mathématiques et qui aiment
faire partager leur plaisir.
> En bref, donnez moi, s'il vous plait, envie de comprendre et
> d'appliquer les mathématiques.
Les mathématiques font partie de la culture. Connaître les
mathématiques, c'est comprendre le monde dans lequel on vit.
C'est participer en grand à la communauté humaine.
JJR.
Posted by: Pierre Abbrugiati
Salut,
> Qu'est-ce qui vous a donné envie d'aimer les mathématiques ?
Dis plutôt apprécier. Les sentiments n'ont pas vraiment de cause
consciente. J'ai toujours apprécié les mathématiques parce qu'il m'a
paru plus difficile de tricher en maths qu'ailleurs : on te demande de
résoudre un exercice, si ta démonstration est correcte, il est malaisé
de ne pas te mettre les points (c'est possible, mais plus dur que dans
d'autres matières). J'ai toujours apprécié les mathématiques pour leur
caractère ludique : un exercice de maths, c'est une énigme. A toi de
trouver la solution ; je trouve ça amusant.
Par contre, j'ai toujours aimé les mathématiques parce que... bin...
parce que ça me plaît quoi ^_^.
> Que trouvez-vous dans les mathématiques que vous ne trouvez nulle part
> ailleurs ?
La cohérence. La sécurité. La rigueur. La vérité.
> En bref, donnez moi, s'il vous plait, envie de comprendre et d'appliquer
> les mathématiques.
Alors là !!! Voilà quinze ans que j'essaie de convaincre ma mère que
les maths sont belles, sans succès. Et pourtant je la connais bien.
Je me vois mal avoir plus de succès avec toi...
Pierre.
Posted by: Julien Santini
> > Qu'est-ce qui vous a donné envie d'aimer les mathématiques ?
>
Un peu un mélange de ce qui a été dit auparavant:
* Les maths concentrent un maximum d'objectivité (tu te donnes des axiomes
de départ qui sont alors les règles du jeu); à la différence de beaucoup
d'autres domaines, t'es soit dans le blanc soit dans le noir (en philo a
contrario avec un minimum de fa*o*d*e tu peux dire n'importe quoi; bon c'est
le charme de la philo aussi).
*Les maths aident -largement- à comprendre la réalité
*C'est "artistique" dans le sens où ça engage ta créativité.
Posted by: Nicolas Herbaut
> Mes professeurs depuis quelques années m'on écouré des mathématiques.
C'est souvent le cas, j'ai connu la même chose que toi. J'ai connu deux
espèces de profs : les profs qui n'ont que le but de terminer le programme
avant la fin de l'année insistant sur les points *utiles* des maths (utiles
pour les concours, le bac etc.). On ne peut pas vraiment leur reprocher de
faire ce pour quoi ils sont employés, la plus part le faisant bien
d'ailleurs. D'autres profs, dont la passion pour les maths est plus exaltée,
n'hésitent pas à prendre sur leurs heures de repos pour proposer des cours
"avancés" de maths, pour les élèves volontaires, en faisant des petits jeux
d'un niveau plus avancé (je me rappelle de ma prof de terminale qui nous
faisait voir des morceaux du cours de sup). Même si la relation que tu
entretiens avec le prof joue beaucoup sur le fait que tu aimes ou non les
math (par exemple qqn qui se paye des sales notes en math parceque son prof
est une peau de vache va être un peu refroidi...), tu peux toujours te
débrouiller tout seul et trouver dans ton bouquin de cours des exo
d'approfondissement niveau BAC++ qui te feront découvrir des aspects plus
sympa (voir même t'abonner à tangente).
> un point que cela me fait défaut dans toutes les matières où les
> mathématiques ont une place.
Tu sais au niveau 1er et term, d'après ce que je me rappelle, ce sont
surtout la physique et la chimie qui utilisent "les maths" : c'est
d'ailleurs plus du _calcul_ que des math (pour moi calcul = math sans la
rigueur).
> Qu'est-ce qui vous a donné envie d'aimer les mathématiques ?
Va te promener dans les champs si tu as des champs près de chez toi. Peut
être trouvera tu des fougères. Les fougères sont le plus beau représentant
des maths que tu trouves dans la nature : regarde ses feuilles : ce sont des
fractales : ie des formes simples qui se reproduisent à l'infini.
Ce qui m'a fait aimer les maths, plus que les fougères , c'est cette faculté
de retrouver dans la nature quelque chose qui a été imaginé par un homme de
manière parfaite.
Si tu fais des math à un haut niveau plus tard, tu découvriras par exemple
qu'il existe des algorithmes qui sont appelés "algorithmes génétiques". Ils
utilisent la théorie de Darwin pour résoudre des problèmes de maximisation
de fonction (par exemple). (petite explication : cet algo considère *en
gros* que les nombres sont composés de "gènes" et les nombres qui possèdent
les gènes les plus forts -ie ceux qui maximisent localement la fonction- ont
plus de chance d'être tirés au sort pour le processus de reproduction que
les autres. On inclut même des "mutations" dans les gènes etc. cf google)
> Que trouvez-vous dans les mathématiques que vous ne trouvez nulle part
> ailleurs ?
Les maths, tu l'apprendras en philo l'année prochaine, sont une science
exactes et hypothético-déductive. C'est à dire que tu pars d'axiomes (choses
indémontrables) pour arriver par déduction à des résultats de niveau plus
élevés que tes axiomes de départ. Si on admet que les axiomes sont vrai,
alors tout le reste est vrai.
Ce qui me séduit dans les maths c'est cette perfection du raisonnement .
> En bref, donnez moi, s'il vous plait, envie de comprendre et d'appliquer
> les mathématiques.
Il faut comprendre les maths parce que tu as le bac bientôt, et que quoi que
tu fasses après (dans des domaines scientifiques) tu auras besoin des math.
Ca c'est la première raison.
La deuxième, c'est que les math donneront a ton esprit des facultés de
raisonnement extrêmement poussées, qu'il est difficile d'obtenir autrement
(peut être grâce à la philosophie...)
Ciao
--
_______________________________
| Nicolas Herbaut
| Elève Ingénieur - INSA de Rouen
| Département de Génie Mathématique
| ing.unife.it@nherbaut.nospam
|inversez ce qu'il y a avant et après l'@ pour m'écrire en elever ce nospam
|_______________________________/
Posted by: Quantum
Je commence à comprendre...
Ce qui vous plait dans les maths, c'est le moyen de découvrir un résultat
exact et applicable dans la réalité, sans forcément tout comprendre, c'est
un peu une logique universelle, qui donnerait à l'homme, partout où il
avancera, le moyen de comprendre les phénomènes naturel par déduction.
C'est intéressant en effet...
Le seul truc qui me gène alors, c'est le fait d'être sûr que les
mathématiques d'aujourd'hui sont parfaitement fiable; dans tout les cas,
aujourd'hui comme demain, puisque l'erreur n'est pas permise (pas comme en
physique). Avec le temps on est sur d'une chose, c'est que tout ce que
l'homme conçoit est imparfait.
Pour moi c'est assez risqué de s'avancer la dedans sans même pouvoir
comprendre, puisque le mathématicien trouve les résultat par déduction (ne
vous fâchez pas les matheux ;o) ).
Je veux dire que si vous vous basé sur des logiques vieilles; parfois de
centaines d'année, vous ne pourrais jamais être sûr à 100% que dans la
réalité "parfaite" votre résultat sera applicable.
Bref je vais me faire à l'idée que les mathématiques sont parfaites dans
l'environnement humain (je fais un blocage sur les choses fausse que je
pourrais apprendre. Voila pourquoi je posais ce genre de question).
Pour info, je viens de finir mon BEP électronique et la je suis en 1ère GE
(génie électronique). Ce n'est pas une classe d'adaptation, et les maths
sont horriblement différente que dans le professionnel. C'est pour cela (en
partie) que j'ai des problèmes en maths. (à noter quand même que c'est la
seule matière qui me fait défaut) ;-)
???????
Quantum.???
???????
Posted by: Julien Baglio
dans l'article sJ3wb.79448$hV.3062671@news2.tin.it, Nicolas Herbaut à sci.stat@caramail.com a écrit le 23/11/03 15:44*:
>> Mes professeurs depuis quelques années m'on écouré des mathématiques.
>
> C'est souvent le cas, j'ai connu la même chose que toi. J'ai connu deux
> espèces de profs : les profs qui n'ont que le but de terminer le programme
> avant la fin de l'année insistant sur les points *utiles* des maths (utiles
> pour les concours, le bac etc.). On ne peut pas vraiment leur reprocher de
> faire ce pour quoi ils sont employés, la plus part le faisant bien
> d'ailleurs. D'autres profs, dont la passion pour les maths est plus exaltée,
> n'hésitent pas à prendre sur leurs heures de repos pour proposer des cours
> "avancés" de maths, pour les élèves volontaires, en faisant des petits jeux
> d'un niveau plus avancé (je me rappelle de ma prof de terminale qui nous
> faisait voir des morceaux du cours de sup). Même si la relation que tu
> entretiens avec le prof joue beaucoup sur le fait que tu aimes ou non les
> math (par exemple qqn qui se paye des sales notes en math parceque son prof
> est une peau de vache va être un peu refroidi...), tu peux toujours te
> débrouiller tout seul et trouver dans ton bouquin de cours des exo
> d'approfondissement niveau BAC++ qui te feront découvrir des aspects plus
> sympa (voir même t'abonner à tangente).
>
si tu peux, essaye de louer dans ton lycée un bouquin de terminale,
généralement on peux en trouver de vieux, qui portent donc sur de vieux
programmes ; tu y trouveras des points de cours qu'on ne trouve plus
actuellement dans le programme et qui peuvent être interessant, ainsi que
des exos d'approfondissement, de découverte de nouvelles notions (comme l'a
si bien dit Nicolas)
>> un point que cela me fait défaut dans toutes les matières où les
>> mathématiques ont une place.
> Tu sais au niveau 1er et term, d'après ce que je me rappelle, ce sont
> surtout la physique et la chimie qui utilisent "les maths" : c'est
> d'ailleurs plus du _calcul_ que des math (pour moi calcul = math sans la
> rigueur).
>
>
je rajouterais même que les maths au lycée ne sont pas de vraies maths, et
peuvent dégoûter un tas d'élèves qui auraient pu aimer les maths.
>> Qu'est-ce qui vous a donné envie d'aimer les mathématiques ?
>
> Va te promener dans les champs si tu as des champs près de chez toi. Peut
> être trouvera tu des fougères. Les fougères sont le plus beau représentant
> des maths que tu trouves dans la nature : regarde ses feuilles : ce sont des
> fractales : ie des formes simples qui se reproduisent à l'infini.
>
> Ce qui m'a fait aimer les maths, plus que les fougères , c'est cette faculté
> de retrouver dans la nature quelque chose qui a été imaginé par un homme de
> manière parfaite.
>
> Si tu fais des math à un haut niveau plus tard, tu découvriras par exemple
> qu'il existe des algorithmes qui sont appelés "algorithmes génétiques". Ils
> utilisent la théorie de Darwin pour résoudre des problèmes de maximisation
> de fonction (par exemple). (petite explication : cet algo considère *en
> gros* que les nombres sont composés de "gènes" et les nombres qui possèdent
> les gènes les plus forts -ie ceux qui maximisent localement la fonction- ont
> plus de chance d'être tirés au sort pour le processus de reproduction que
> les autres. On inclut même des "mutations" dans les gènes etc. cf google)
>
>
ah oui, miam les algo génétiques, une manière originale de reproduire la
Nature en info :))
dans le même genre, les colonies de fourmis sont bien rigolotes aussi
>> Que trouvez-vous dans les mathématiques que vous ne trouvez nulle part
>> ailleurs ?
> Les maths, tu l'apprendras en philo l'année prochaine, sont une science
> exactes et hypothético-déductive. C'est à dire que tu pars d'axiomes (choses
> indémontrables) pour arriver par déduction à des résultats de niveau plus
> élevés que tes axiomes de départ. Si on admet que les axiomes sont vrai,
> alors tout le reste est vrai.
>
> Ce qui me séduit dans les maths c'est cette perfection du raisonnement .
>
>
moi j'ajouterais aussi le plaisir de travailler sur des objets
hyper-abstraits et beaux en soi ; ça rejoint l'idée de la perfection du
raisonnement, par exemple le Wiles qui a démontré Fermat est passé par tout
un tas de théories hypercomplexes pour démontrer un résultat somme toute
"intuitif" mais en fait compliqué ; et bien je trouve ce cheminement pour
arriver à la solution très beau.
>> En bref, donnez moi, s'il vous plait, envie de comprendre et d'appliquer
>> les mathématiques.
> Il faut comprendre les maths parce que tu as le bac bientôt, et que quoi que
> tu fasses après (dans des domaines scientifiques) tu auras besoin des math.
> Ca c'est la première raison.
>
> La deuxième, c'est que les math donneront a ton esprit des facultés de
> raisonnement extrêmement poussées, qu'il est difficile d'obtenir autrement
> (peut être grâce à la philosophie...)
>
> Ciao
>
Tu peux même avoir envie de comprendre les maths en eux-même, sans être
toujours obligé de penser à leur application. Je vais paraître dingue à ceux
qui comprendront, mais je trouve un espace topologique très beau : à partir
de trois axiomes on démontre tout un tas de trucs.
C'est cette faculté de démonstration contenue dans les maths qui m'a donné
envie d'aimer les maths .
Posted by: albert junior
Peut-être aussi le fait que l'on peut _peut-être que je me trompe_ arriver à
un niveau élevé en théorie par soi même, ie que contrairement aux sciences
appliquées on doit pouvoir "tout" faire sans aucun moyen particulier
bon il est évident que l'on va pas redécouvrir toutes les théorèmes
mathématiques tout seul, mais ... en théorie ca doit être possible (?)
et sinon, peut-être que l'on peut espérer découvrir un jour quelque chose de
grand. C'est plus une question que je pose d'ailleurs : y'en a-t-il ici qui
rêvent -secretement- de démontrer une des grandes conjectures ? ;-)
albert
--
Bitte abnehmen die drei Sterne (***), um Albert Einstein (Junior) zu
antworten
Posted by: Cédric ALLALI
> et sinon, peut-être que l'on peut espérer découvrir un jour quelque chose
de
> grand. C'est plus une question que je pose d'ailleurs : y'en a-t-il ici
qui
> rêvent -secretement- de démontrer une des grandes conjectures ? ;-)
A mes heures perdues, je travaille sur l'hypothèse de Riemann ;)
Posted by: Sergio
W=v+w <google_edu@hotmail.com> wrote:
> Bonjour à tous,
Salut,
> Qu'est-ce qui vous a donné envie d'aimer les mathématiques ?
> Que trouvez-vous dans les mathématiques que vous ne trouvez nulle part
> ailleurs ?
J'adhère entièrement à la description des mathématiques donnée par un
mathématicien, Henri Cartan, c'est cela qui est excitant pour moi dans
cette matière sublime (excuser la longueur relative du texte, mais ce
serait un crime de la couper) :
------------------------------------
Il est vrai que certains prétendent que la mathématique n'est pas
véritablement une science et qu'elle relève plutôt de la philosophie,
pour la raison, dit-on, qu'en mathématique on n'a pas à se confronter
avec le monde réel. Je ne sais si une telle vision implique un jugement
flatteur sur la philosophie, mais je me réserve de discuter de son
bien-fondé en ce qui concerne les mathématiques. L'on pourrait aussi
défendre la thèse selon laquelle les mathématiques relèvent plutôt de
l'art, et pour ma part je trouve qu'il y a une part de vérité dans cette
façon de voir. Une théorie mathématique bien faite inspire en effet un
sentiment esthétique, comme une belle constuction en architecture ou en
musique; de plus, il est certain que les qualités esthétiques d'une
belle théorie en facilitent la diffusion et la rendent apte à une
utilisation efficace. Cependant, vouloir réduire les mathématiques à une
branche de la philosophie ou à une manifestation d'ordre purement
artistique serait méconnaître leur véritable nature, et le mathématicien
qui cherche sait bien que l'essentiel de sa démarche est d'un autre
ordre.
Le mathématicien sent plus ou moins confusément qu'il est à la recherche
d'une réalité cachée qui refuse de se dévoiler du premier coup. Il lui
faut, sans se laisser décourager par des tentatives infructueuses,
persévérer en se livrant à ce que j'appellerai des expériences variées,
jusqu'au moment béni où il découvrira tout à coup ce qu'il cherchait, ou
parfois ce à quoi il ne s'attendait pas du tout. Quelle est donc cette
réalité que le mathématicien poursuit sans cesse de ses efforts et qu'il
n'a jamais fini de découvrir entièrement ? La mathématique serait-elle
une science expérimentale ? Certains seront peut-être étonnés ou choqués
de m'entendre parler de recherche expérimentale, alors qu'il est
universellement admis que les mathématiques sont une construction qui ne
repose que sur la logique et qu'à partir du moment où les raisonnements
sont corrects, les conclusions sont assurées, du moins si l'on s'est
préalablement mis d'accord sur le point de départ, c'est-à-dire sur les
axiomes. Loin de moi l'idée de vouloir minimiser l'importance du
raisonnement logique : il est l'outil indispensable et unique. Mais ce
n'est qu'un outil. Confondre cet outil avec l'objet même de la recherche
mathématique serait, à mon avis, aussi erroné que de confondre, en
physique, la recherche des lois de la nature avec la mise au point
d'instruments plus ou moins perfectionnés. La construction des
instruments n'est pas le but ultime du physicien; ce n'est qu'un outil
pour la découverte. Il en est de même en mathématique : on y fabrique, à
l'aide de la pure logique, des outils de plus en plus perfectionnés, qui
s'appellent des théories, dont le but ultime est d'aider à découvrir de
nouveaux phénomènes, des lois nouvelles. Et de même que certaines lois
de la biologie moléculaire ont pu être découvertes avec l'aide du
microscope electronique (instrument qui lui-même n'a pu être conçu et
réalisé que grâce à la connaissance de lois plus ou moins cachées de la
physique), de même certaines lois de la théorie des nombres n'ont pu
être découvertes, c'est-à dire prouvées, qu'avec l'aide du puissant
outil qui s'appelle, en mathématique, la théorie des faisceaux et de la
cohomologie. Cet exemple montre en outre qu'un outil mathématique bien
conçu peut avoir des applications dans un domaine des mathématiques tout
différent de celui qui a permis de le concevoir. Il s'agit là d'un fait
essentiel pour le développement de notre science : vouloir découper les
mathématiques en morceaux séparés les uns des autres par des cloisons
étanches ne peut conduire qu'à la stérilité. Et voilà pourquoi il faut
sans cesse lutter contre la spécialisation excessive, voilà pourquoi
nous aimons parler de l'unité de la mathématique.
Mais je m'aperçois que je n'ai pas encore défini explicitement le
véritable objet de la recherche mathématique. Je n'ai pas dit quelle est
cette réalité, indépendante de nous, que nous nous efforçons de
découvrir et qui, lorsque nous en avons saisi quelques bribes, nous
permet de mieux comprendre que chaque découverte soulève de nouveaux
problèmes et que notre recherche est sans fin. Si je ne l'ai pas dit,
c'est parce que je n'en suis point capable; pour le pouvoir, il faudrait
être Dieu. La croyance en cette réalité n'est pas d'ordre logique, bien
que nous y accédions par le raisonnement logique. Cette réalité que nous
poursuivons, elle est pour le mathématicien le "monde réel" auquel il se
trouve confronté et dont il n'est pas maître. Si cette réalité
n'existait pas, si les mathématiques n'étaient qu'un jeu un peu vain et
gratuit, comment pourrait-on expliquer qu'elles puissent servir avec
efficacité dans les autres sciences ? La réalité mathématique est une
inconnue dont nous découvrons des lambeaux; ce qui nous est encore caché
est imprévisible, ou du moins n'est pas prévisible à long terme.
Henri CARTAN
---------------------
Ce qui est extraordinaire, c'est que la perception des mathématiques
qu'en a un mathématicien professionnel comme Henri Cartan, on peut aussi
en avoir des effluves même à un niveau Bac à Bac+2.
--
[Sergio]
PS : Enlever idon et .invalid à mon adresse pour me répondre.